Paris été 2009. Je me rendais à une projection de La naissance de l’amour de Philippe Garrel au Reflet Médicis célebre salle de cinéma parisienne. Je l’avais déjà vu mais j’éprouve toujours du plaisir à revoir les Garrel sur un grand écran. J’étais en retard et je marchais rapidement sur le boulevard Saint-Michel en pensant qu’on me refuserait l’entrée. J’arrive et il est largement passé 20:00. La séance n’a pas débutée. J’achète une place et j’entre dans la salle qui est pleine à craquer. Il ne reste que des sièges dans le fond ce que je n’apprécie guère mais je n’ai pas le choix. J’attends que les lumières s’éteignent. Elles ne s’éteignent pas. Un type entre et prend un micro. Il dit la chose suivante: «Nous avons une surprise de dernière minute. Quelque chose que nous n’avions pas prévu». Mon cœur se met à palpiter, non ce n’est pas possible…Garrel n’est quand même pas là… Le type reprend son discours: «Philippe Garrel est parmi nous ce soir et il est accompagné de Jean-Pierre Léaud». Léaud que j’avais raté le dimanche précédent lors de la présentation de La maman et la putain. Le type continue à parler. Léaud lui arrache le micro des mains et lui dit: «bon ça va à nous maintenant». Il est amoché et n’a plus rien à voir avec le Antoine Doinel de Truffaut ou le Alexandre d’Eustache. On reconnait cependant son rire unique. Il a du mal à articuler. Aurait-il fait un anévrisme? Il parle de beaucoup de choses en passant du coq à l’âne: son travail avec Garrel, sa rencontre avec Eustache, la mort des Cahiers du Cinéma «cette pépinière» comme il surnomme la revue, le génie de Tsai-Ming Liang, de Jean-Luc (Godard évidemment). Puis c’est Garrel qui prend la parole et la première phrase qu’il prononce ou du moins la première que j’entends après m’être ressaisie: «Se mettre devant une caméra c’est faire face à la mort». Puis il se met à parler d’Eustache, des désespérés, de la difficulté de vivre dans le monde d’aujourd’hui pour les gens qui ont encore une âme. Je retiens presque mes larmes.
Le film va commencer d’une minute à l’autre. Léaud s’en va mais Garrel décide de rester et d’assister à la projection. Il marche jusque dans le fond de la salle et prends la place juste derrière la mienne. Puis l’obscurité. Derrière moi, dans le noir, le maître est là. Une larme coule sur ma joue. Je sais très bien que je ne lui parlerai pas. Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire. Je ne saurais trouver les mots. La projection se termine. Je me lève debout, lui aussi. Nos regards se croisent un bref instant puis il se dépêche de filer par l’escalier.
J’ai erré un moment sur les bords de la Seine et la nuit tombait. C’était très beau comme dans un rêve.







