À mon habitude, je vais poser une question à laquelle je ne trouverais certainement pas de réponse: faut-il abandonner l’amour fou pour l’amour heureux? J’aime beaucoup les films de Philippe Garrel parce qu’ils mettent en scène des solutions similaires à Baudelaire pour échapper au temps. Il montre à l’écran des rencontres amoureuses funestes. Bien que ces passions délivrent les protagonistes de la domination du temps sur l’existence pendant de brefs instants, elles se terminent, le plus souvent par le suicide de l’un des deux protagonistes. Ça c’est l’amour fou, l’amour utopique, l’amour révolutionnaire. C’est difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas naturellement dans cet état d’esprit. C’est le principe suis moi je te fuis, fuis moi je te suis! La loi des essuis-glaces comme dirait Garrel (voir extrait de La frontière de l’aube ci-dessous). Évidemment, je ne rédige pas une thèse sur ce cinéaste par hasard et pendant longtemps j’ai pensé que l’amour c’était ça ou rien.
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L’amour heureux c’est autre chose. Le plus souvent, l’un des deux individus est beaucoup plus résigné que l’autre, parfois même, les deux ne sont pas si amoureux que ça, ils sont surtout de grands amis. C’est facile parce que l’on a pas envie d’étrangler l’autre constamment ou se se jeter en bas d’un pont. Ça c’est l’amour heureux, l’amour raisonnable, le bonheur bourgeois pour citer Garrel (revoir l’extrait ci-dessus). Généralement, c’est là qu’on fait les enfants.
Il y a quelques années, on m’a écrit ces mots: Je tiens terriblement à toi, à nos échanges, à ta présence (…) , et que l’on pourra – surtout - préserver l’intimité que nous partageons et cette complicité à laquelle je tiens. (…) Les mots me manquent. Quelques mois plus tard, ce fut l’engueulade majeure, des paroles blessantes, puis le silence. Malgré nos différents, je suis demeurée fascinée par cet homme, ses prises de position, sa grande gueule, sa remarquable intelligence et son impressionnante imitation de Bob Dylan. Il m’est arrivée par la suite de comparer les autres garçons à lui et aucun ne tenait la comparaison à part un, peut-être, de l’autre côté de l’océan atlantique (tragique vous avez dit…) Je prenais même de ses nouvelles sans qu’il le sache par personne interposée. J’ai souvent ressentie une grande mélancolie en repensant à nos conversations et aux très nombreuses soirées que nous avons passées ensemble. Aujourd’hui, cette même personne vient de me poignarder professionnellement dans le dos et réduire à néant plusieurs mois de travail me plongeant dans un désespoir sans précédent. Les raisons qui ont motivé son geste après tout ce temps, je ne les connais pas. Pour la première fois, je me rends compte que j’ai été passi
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